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Allergologie

Publié le 09 mai 2022Lecture 11 min

Des allergènes et des allergies rares et insolites – Partie II

Guy DUTAU - Allergologue, pneumologue, pédiatre, Toulouse

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Allergies aux chenilles processionnaires Thaumetopoea pityocampa est un insecte de l’ordre des Lépidoptères : sous sa forme de chenille, c’est la processionnaire du pin et sous sa forme de papillon c’est le bombyx pityocampe(1). Les papillons éclosent pendant l’été, de juin à septembre selon le climat, puis pondent leurs œufs par paquets de 150 à 300 sur les rameaux et aiguilles de diverses espèces de pins (pin sylvestre, pin maritime, pin d’Alep). Au printemps, les chenilles, de 40 mm de long (au stade 4 ou 5), marchent en procession de façon saccadée pour aller s’enfouir dans le sol et y développer leur cocon(1). Elles se nourrissent des aiguilles de pin (figures 1 à 3). L’infestation des pins a d’abord atteint l’Europe méditerranéenne, surtout l’Espagne où le risque allergique de T. pityocampa fut très étudié(a). En France, l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) a estimé que la progression du sud vers le nord de la chenille processionnaire du pin était de 55,6 km par décennie, aussi bien en plaine qu’en altitude(2). Les cartes actuelles montrent que seule une zone de quelques dizaines de kilomètres semble épargnée, du Nord à l’Est de la France ! Les chenilles possèdent de minuscules poils chitineux, très urticants. Facilement libérés dans l’air et dispersibles, ils pénètrent dans la peau, provoquant des lésions de dermatite. Ils agressent également les muqueuses, oculaires et respiratoires. Par contre, les longs poils ou soies ne sont pas urticants. Les symptômes associés à T. pityocampa sont cutanés (démangeaisons de la peau au niveau des parties découvertes comme cou, mains, et bras) et muqueux (conjonctivite, rhinite, toux, asthme). Plusieurs cas de réactions anaphylactiques ont été décrits. La protéine allergisante est la thaumétopoéine. Les individus atteints sont les promeneurs et surtout les travailleurs forestiers. T. pityocampa est responsable de dermatoses professionnelles, d’allergies non professionnelles, et peut aussi toucher les enfants qui jouent dans des lieux où se trouvent des pins infestés. Dans une série de 30 cas d’urticaires professionnelles IgE-dépendantes à T. pityocampa, avec PT et dosages d’IgEs positifs, Vega et coll.(3) précisent les professions exposées : coupeurs et ramasseurs de bois (14 cas), fermiers et pépiniéristes (8 cas), autres personnels forestiers (4 cas), travailleurs du bâtiment (2 cas), jardiniers (1 cas), entomologistes (1 cas). En dehors de l’urticaire, ces patients avaient aussi présenté un angio-œdème (60 %) des papules (30 %) et des symptômes d’anaphylaxie (40 %). En immunoblott, leurs IgE fixaient des protéines de PM 15 kDA (kilo-daltons) dans 70 % des cas, 17 kDa (57 %) et 13 kDa (50 %). Huit patients fixaient des bandes protéiques de PM > 33kDa, parmi lesquels 3 avaient eu les symptômes les plus sévères (anaphylaxie). L’allergène majeur de T. pityocampa a été identifié, allergène de 15 kDa dénommé Thap1(4)(b). Fuentes Aparicio et coll.(5) ont rapporté 4 cas d’allergies non professionnelles IgE-dépendantes à T. pityocampa survenant chez des individus âgés de 10 à 60 ans, dont 2 atopiques, dans des circonstances très diverses : jeu, coupe de cyprès situés près de pins infestés, promenades autour d’un marais entouré de pins, rhino-conjonctivite apparaissant en plein air au printemps et disparaissant à la maison. Les symptômes étaient variés : conjonctivite, œdème des paupières, rhinite, urticaire, papules prurigineuses, toux, dyspnée, asthme. Les IgE de ces patients reconnaissaient des protéines de PM allant de 18 à 107 kDa(5). Les mêmes auteurs(6) ont décrit 16 cas chez des enfants âgés de 6 à 15 ans, 7 filles et 9 garçons, majoritairement atopiques (11 cas) dont les symptômes, le plus souvent saisonniers et printaniers (14 fois), étaient une urticaire (8 fois), un asthme (6 fois), un prurigo (3 fois) une rhino-conjonctivite (2 fois), un angio-œdème (2fois), une anaphylaxie (1 fois). Les PT pour T. pityocampa étaient positifs dans tous les cas(papules de 3 x 3 mm à 5 x 10 mm) et les IgE spécifiques positives 15 fois sur 16 (de 0,4 à 46,4 kU/l). Ces tests étaient négatifs chez 30 témoins. Elles fixaient des protéines de PM de 17,5 à 168 kDa. La plupart des patients avaient d’autres sensibilisations en particulier aux pollens (68,75 %). Le contact direct avec la peau avec des chenilles provoque des lésions graves chez les animaux et chez l’homme. Inal et coll.(7) ont publié le cas d’un nourrisson de 15 mois qui dormait à l’ombre d’un pin lorsque sa mère remarqua la présence d’une chenille processionnaire sur sa langue. Il développa rapidement une détresse respiratoire due à un œdème lingual, buccal et péri-oral qui nécessita une réanimation d’urgence avec intubation trachéale. Il s’agissait d’un accident local sans anaphylaxie IgE-dépendante. Une dizaine de cas similaires ou même accompagnés de l’ingestion de la chenille ont été rapportés, tous chez des enfants de moins de 2 ans(in 7). Le cas décrit par Labadie et coll.(8) décrit une « intoxication » chez une fillette de 17 mois qui, ayant ingéré des chenilles, développa un œdème facial (joue et lèvres), puis une urticaire généralisée, et un refus alimentaire pendant deux jours, probablement dû à une réaction œsophagienne urticante. Les lésions buccales mirent 6 jours pour disparaître. Les animaux, en particulier les chiens(c), peu méfiants, peuvent présenter de graves lésions après le contact avec les processionnaires, en particulier des pattes, de la truffe, de la langue, de l’œsophage et des yeux(9). Les poils urticants de la processionnaire du pin sont responsables non seulement de lésions cutanées irritatives, mais de symptômes d’allergie IgE-dépendante pouvant aller jusqu’à l’anaphylaxie. Le plus souvent saisonniers (printemps et été), ces symptômes touchent non seulement les travailleurs forestiers, mais aussi les promeneurs, les riverains, et les enfants au cours des jeux en zone infestée. Depuis le pourtour méditerranéen, l’infestation des pins par ces chenilles a déjà atteint le Nord de la France. 1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Processionnaire_du_pin (consulté le 29 avril 2021). 2. La chenille processionnaire du pin remonte vers le nord à la vitesse moyenne de 55,6 km par décade. http://www.inra.fr/presse/la_chenille_processionnaire_du_pin_remonte _vers_le_nord_a_la_vitesse_moyenne_ de_55 (consulté le 29avril 2021). 3. Vega J et al. Occupational immuno- logic contact urticaria from pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa): experience in 30 cases. Contact Dermatitis 2004 ; 50(2) : 60-4. 4. Moneo I et al. Isolation and characterization of Tha p1 a major allergen from pine processionary caterpillar Thaumetopoea pityocampa. Allergy 2003 ; 58(1) : 34-7. 5. Fuentes Aparicio V et al. Non-occupational allergy caused by the pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa). Allergol Immunopathol (Madr) 2004 ; 32(2) : 69-75. 6. Fuentes Aparicio V et al. Allergy to pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa) in children. Allergol Immunopathol (Madr) 2006 ; 34(2) : 59-63. 7. Inal A et al. Life-threatening facial edema due to pine caterpillar mimicking an allergic event. Allergol Immunopathol (Madr) 2006 ; 34(4) : 171-3. 8. Labadie M et al. Intoxication par ingestion de chenilles processionnaires du pin (Thaumatopoea pityocampa) : à propos d’un cas. Toxicologie analytique et clinique 2017 ; 29(2) : page36. 9. https://www.vetopedia.fr/envenimation-chenille-processionnaires-pin/ (consulté le 29 avril 2021). Rhinite de la "lune de miel" : HONEYMOON RHINITIS En 2001, Monteseirin et coll.(1) ont rapporté une forme de rhinite très gênante qu’ils ont appelée Honeymoon rhinitis. Parmi 23 adultes atteints de rhino-conjonctivite, 9femmes et 14hommes, âgés en moyenne de 39ans et demi, 10 avaient une allergie saisonnière aux pollens de diverses graminées et d’olivier, et 13 autres présentaient une rhino-conjonctivite perannuelle par allergie aux acariens. Tous avaient des éternuements, une rhinorrhée et une obstruction nasale après les rapports sexuels, au bout de 5 à 15 minutes. Dans cette étude espagnole, les patients atteints de pollinose n’avaient pas de rhinite après les rapports sexuels pendant la saison pollinique locale, c’est-à-dire de juillet à février. Ceux qui avaient une rhinite aux acariens présentaient les symptômes de rhinite postcoïtale pendant toute l’année, ce qui témoignait déjà d’une influence du type des allergies. Tous avaient des antécédents de rhinite avant le début de leur Honeymoon rhinitis et aucun n’était asthmatique. L’activité sexuelle étant considérée comme équivalente à un exercice physique analogue à la montée de 2 étages, Monteseirin et coll.(1) ont demandé à tous leurs patients de réaliser une épreuve d’effort, mais aucun ne présenta de rhinite ni même d’asthme. De plus, aucune des femmes n’avait de symptôme clinique d’allergie au latex, ni d’IgE sériques dirigées contre le latex, ni d’allergie au liquide séminal. Enfin, tous les rapports sexuels s’étaient déroulés sans préservatifs. En 1991, Shah et Circar(2) avaient décrit une situation analogue qu’ils dénommèrent « asthme et rhinite postcoïtale », survenue chez 4 patients âgés de 25 à 45 ans, 1 femme et 3 hommes qui avaient présenté une exacerbation de leur rhinite et/ou de leur asthme 5 à 20 minutes après les rapports sexuels. Chez la patiente no 3, les symptômes étaient apparus dès le premier rapport et n’avaient jamais cessé par la suite. Le patient no 1 fut admis à plusieurs reprises aux urgences en raison de la gravité de son bronchospasme : il fut possible d’écarter un asthme d’effort, une allergie au latex, une allergie au liquide séminal. Plus récemment, Kuna et coll.(3) ont rapporté un cas d’asthme sévère après le coït où les auteurs évoquent un mécanisme différent. Avant le rapport sexuel, l’épouse du patient avait ingéré de l’aspirine et, celui-ci étant connu pour avoir un asthme à l’aspirine, une intolérance par procuration fut alors postulée ! À cet égard, des cas d’allergie médicamenteuse par procuration sont connus, comme celui de cet homme de 34 ans qui, après un rapport sexuel, développa une éruption fixée due au sulfaméthoxazole-triméthoprime que son épouse avait pris auparavant(4). Pour de nombreux auteurs, ce type de rhinite est dû à l’anxiété et au stress associé(5-7). De plus, en dehors des troubles émotionnels et psychologiques, la stimulation cholinergique est capable d’entraîner une dégranulation mastocytaire non spécifique(8). Même si le mécanisme précis du Honeymoon rhinitis n’est pas connu, il est associé à des facteurs émotionnels comme l’excitation et le stress, avec, à l’acmé du rapport sexuel, une hypertonie vagale. Toutefois, avant la publication de ces séries, d’autres auteurs avaient remarqué une association entre la rhinite (y compris l’asthme) et les rapports sexuels(5-7). Plus récemment, Caminati et coll.(9) ont publié une actualisation sur ce thème d’où ressortent les points suivants : I) tous les symptômes allergiques, cutanés ou respiratoires, ont évidemment un impact négatif sur la vie sexuelle; II) inversement l’activité sexuelle peut être associée à des symptômes allergiques, en dehors de l’allergie au latex ou au liquide séminal, par le biais du stress et de l’émotion. Pour Shah et Panjabi(10), la fréquence et l’importance de ce curieux syndrome sont sous-estimées, parce que la majorité des médecins les ignorent. Le syndrome du Honeymoon rhinitis mérite d’être mieux connu. Pour en faire le diagnostic, il faut y penser, éliminer un asthme d’effort, une allergie au latex et au liquide séminal, une allergie par procuration. Les conséquences sont l’anxiété, une perte de la confiance en soi, un espacement ou même un arrêt des rapports. Le traitement symptomatique est celui de la rhinite allergique et de la crise d’asthme. 1. Monteseirin J et al. Honeymoon rhinitis. Allergy 2001 ; 56(4) : 353-4. 2. Shah A, Sircar M. Postcoital asthma and rhinitis. Chest 1991 ; 100(4) : 1039-41. 3. Kuna P et al. Severe asthma attacks after sexual intercourse. Am J Respir Crit Care Med 2004 ; 170(3) : 344-5. 4. Gruber F et al. Postcoital fixed drug eruption in a man sensitive to trime- thoprim-sulphamethoxazole. Clin Exp Dermatol 1997 ; 22(3) : 144. 5. Mackay IS. Rhinitis and sinusitis. Br J Dis Chest 1988 ; 82 : 1-8. 6. Shah A, Panjabi C. Asthma, hyper- sensitivity, and coitus. Am J Crit Care Med 2004 ; 170(10) : 1135 (correspondance). 7. Meyer IH et al. Asthma-related limitations in sexual functionning: an important but neglected area of quality of life. Am J Public Health 2002 ; 92(5) : 770-2. 8. Rucci L et al. Histamine release from nasal mucosal mast cells in patients with chronic hypertrophic non-allergic rhinitis, after parasympathetic nerve stimulation. Agents Actions 1988 ; 25(3-4) : 314-20. 9. Caminati M et al. Allergy and sexual behaviours: an update. Clin Rev Allergy Immunol 2019 ; 56(3) : 269-77. 10. Shah A, Panjabi C. Asthma, hypersensitivity, and coitus. Am J Crit Care Med 2004 ; 170(10) : 1135 (correspondance). Allergies, anaphylaxies et luge d'été ! Les luges d’été (angl. : Alpine slide), ou bob-luges en référence au bobsleigh, sont de petits véhicules qui évoluent en totale indépendance sur des pistes en béton ou en métal, principalement installées en moyenne et haute montagne, mais aussi en plaine(1). Certaines pistes sont en ciment mélangé à de l’amiante, comme celles du Vermont(d) (figures 4 et 5). Pendant une courte période de deux semaines, entre le 22 juillet et le 8 août 1982, Spitalny et coll.(2) ont décrit les cas de 5 personnes qui avaient présenté des épisodes d’anaphylaxie après avoir pratiqué la luge d’été. Ces patients furent comparés à des témoins composés de certains de leurs amis qui avaient développé une anaphylaxie, de personnes qu’ils ne connaissaient pas porteuses d’abrasions cutanées et de 6 employés des pistes qui avaient récemment présenté des abrasions cutanées en rapport avec la pratique de la luge d’été. Cette étude montra que les facteurs de risque d’anaphylaxie associée à la luge d’été étaient les abrasions cutanées et les antécédents familiaux et personnels d’allergie. Spitalny et coll.(2) recensèrent alors les accidents survenus dans les parcs de loisirs des États-Unis et identifièrent 27 cas similaires d’anaphylaxie, parmi lesquels 22 avaient présenté des abrasions cutanées, cela en période estivale. Les auteurs évoquaient la possibilité d’une pénétration transcutanée de pollens à travers une peau lésée par les abrasions. Deux autres courtes publications comparables allaient dans le même sens(3,4). Comme l’indiquent les figures 4 et 5 la topographie de ces pistes est variable et toutes ne sont pas tracées sur un sol herbeux. L’hypothèse d’une allergie pollinique n’est pas vraisemblable. Par contre, une allergie aux allergènes des herbes et de leurs tiges (différents des allergènes polliniques, est retenue. Les abrasions cutanées sont préexistantes à la séance de luge, ne précédant les symptômes d’anaphylaxie que d’un laps de temps assez court. L’hypothèse d’une allergie à des allergènes végétaux non polliniques devient alors plausible(5). 1. Luge d’été. https://fr.wikipedia.org/ wiki/Luge_(loisir) (consulté le 2 mai 2021). 2. Spitalny KC et al. Alpine slide anaphyalxis. N Engl J Med 1984 ; 310(16) : 1034-7. 3. Salberg DJ. Alpine slide anaphylaxis. N Engl J Med 1984 ; 311(9) : 603-4. 4. Becker CE. Alpine slide anaphylaxis. J Occup Environ Med 1984 ; 26 : 10. 5. Miesen WM et al. Anaphylaxis on skin exposure to grass. Allergy 2001 ; 56(8) : 799-800.

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