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Environnement

01 fév 2016

Quand les acariens et les moisissures colonisent le logement : quelle influence sur la qualité de vie des allergiques ?

G. REBOUX, service de parasitologie-mycologie, CHRU de Besançon ; UMR/CNRS 6249 Chrono-Environnement, Université de Bourgogne-Franche-Comté, Besançon

Les acariens et les moisissures ont une vraie relation symbiotique. Par leurs choix alimentaires, ils sélectionnent certaines espèces fongiques et les transportent. Les spores ingérées, par la libération de guanine et d’acides gras, favorisent leur accouplement. Les acariens de taille et de vitesse de déplacement variables sont en compétition. La température, l’humidité, la disponibilité alimentaire, les substances anti-acariens influencent les potentialités de chacune des espèces d’acariens de prendre le contrôle. Désormais, la qPCR (Polymerase Chain Reaction quantitative) permet d’établir la composition des poussières des logements en moisissures et en acariens. Ces bilans environnementaux pourraient constituer des connaissances nouvelles permettant de caractériser l’exposition réelle des allergiques.

  Pourquoi mieux caractériser l’environnement des patients allergiques ?   Les déjections d’acariens et les moisissures sont les principaux allergènes impliqués dans les maladies allergiques respiratoires. Communément, seules une vingtaine d’acariens et une centaine de moisissures sont étudiées dans les maladies allergiques (asthme, rhinite, conjonctivite, etc.). Acariens et moisissures sont le plus souvent pris en compte de façon séparée et leurs interactions environnementales ou pathologiques sont également assez souvent ignorées. La variété des antigènes utilisables pour réaliser des tests cutanés se restreint dans la période récente. La réduction de l’offre est pour partie la conséquence des critiques sur la qualité des extraits, les variations de lot, l’incertitude sur l’innocuité, l’inutilité de certains tests ou une vision exagérée du rôle des communautés antigéniques, qui pourraient suppléer à une batterie de tests réduite. Ce déficit n’est pas comblé par les recherches d’anticorps IgE circulants. Tout contribue donc à une simplification excessive des interactions naturelles, pourtant complexes, entre les espèces fongiques, les acariens et l’homme. La quantification dans l’environnement des acariens par les tests colorimétriques est trop sensible et peu spécifique. La mesure de la présence des moisissures par culture de l’air, des poussières et des surfaces ne reflète que partiellement l’exposition, se limitant aux seuls micro-organismes viables. Le dosage des antigènes reste limité à quelques espèces et pose des problèmes de reproductibilité. Une meilleure connaissance de l’environnement des patients allergiques permettrait de mieux cerner les concentrations en acariens et moisissures auxquelles les patients allergiques sont réellement exposés.   Quelles espèces colonisent les logements ? Acariens et moisissures cohabitent dans les logements. Dermatophagoïdes pteronyssinus et Dermatophagoïdes farinae dans les climats tempérés, Blomia tropicalis dans les climats chauds et humides colonisent la literie et les tapis, tandis que Acarus siro, Lepidoglyphus destructor et Glycyphagus domesticus colonisent les réserves alimentaires (figure). La flore fongique des logements est constituée principalement des genres Penicillium, Cladosporium et Aspergillus. Cependant, celle des logements de patients allergiques n’est pas identique à celle des logements standard ou insalubres(1,2). Les acariens se nourrissent de spores et peuvent les transporter sur leur corps. Des spores viables sont retrouvées dans leurs fèces. Compte tenu du nombre d’acariens (2 000/g de poussières de matelas), la consommation quotidienne de certaines espèces pourrait expliquer un déséquilibre de la flore fongique dans certains logements. Par ailleurs, on estime à plus de 50 spores (le plus souvent de 2 à 4 µm de diamètre) la capacité de transport d’un seul acarien (250 µm de long environ) pénétrant au sein d’une colonie d’Aspergillus ou de Penicillium. Ils contribuent ainsi à la propagation et, dans une moindre mesure, à l’élimination des moisissures. L’utilisation de sprays contre les acariens permet de ralentir la colonisation des logements. En privant les acariens des apports hydriques, calorifiques ou nutritionnels par une housse anti-acariens et en supprimant les tapis et les tissus rembourrés, on retire les principales niches des acariens. Cette lutte est susceptible de modifier l’environnement intérieur des patients allergiques et pourrait avoir, par conséquence, une incidence sur la composition de la flore fongique intérieure.     Relation acariens/moisissures et colonisation d’un territoire Les acariens, par leurs choix alimentaires, sélectionnent certaines espèces. Les moisissures peuvent être classées en moisissures « attractives » (Alternaria alternata, Cladosporium sphaerospermum, Wallemia sebi) et « répulsives » (Penicillium chrysogenum, Aspergillus versicolor, Stachybotrys chartarum), lorsqu’elles ne sont pas choisies par D. farinae(3). Face aux espèces « répulsives », plus de 90 % des acariens font le choix du jeûne. Il semblerait donc que D. farinae soit capable de se détourner de certaines espèces fongiques distantes de 45 mm (soit l’équivalent de près de 7 minutes du déplacement de D. farinae) et, inversement, de propager d’autres espèces dont il se nourrit. Dans la compétition qui se développe au sein de l’habitat entre les moisissures, les bactéries et les insectes, les moisissures sont équipées d’un arsenal de substances qui leur permettent de se défendre. L’émission de COVm (Composés organiques volatils d’origine microbienne) et de mycotoxines par les moisissures joue probablement un rôle dans l’effet répulsif de certaines d’entres elles vis-à-vis des acariens. Par ailleurs, Aspergillus prédigère les squames humaines et permet aux acariens d’utiliser les acides gras comme nutriments. Ces acides gras aux propriétés phéromonales sont susceptibles d’être détectés par les acariens. Pour Acarus siro, la consommation des moisissures libère de la guanine qui joue aussi un rôle de phéromones et favorise l’accouplement des acariens. De plus, les moisissures produisent des composés ammoniaqués qui attirent les acariens. Les levures et certains Penicillium fournissent également aux acariens des vitamines (B et D) nécessaires à leur développement.   Migrations des acariens dans le logement et propagation des moisissures L’influence des acariens sur la dispersion des spores dépend de l’espèce d’acariens, de la nature des moisissures et des composés qu’elles émettent. La balance « propagation des spores/ingestion comme aliment » est probablement en faveur de la propagation, qui est le résultat d’une véritable symbiose entre acariens et moisissures. Elle peut donc contribuer à une surabondance des populations de certains acariens autour des zones de développement favorables. Ainsi, l’étude ICODE sur l’impact du compostage domestique sur l’environnement intérieur, a mesuré celui des déchets organiques destinés au compostage, stockés provisoirement dans un bio-seau, sur la qualité biologique de l’air et des surfaces des cuisines. Cette étude a permis de suivre la contamination en micro-organismes de 48 logements pratiquant ou non le compostage sur 12 mois et dans l’espace (0,5 à 3 mètres du bio-seau). Il a été possible de quantifier par qPCR les ADN spécifiques des acariens (Acarus siro et Dermatophagoïdes, cinq moisissureset les entérobactéries). La cinétique des concentrations des espèces a montré un accroissement de la population des acariens de stockage (Acarus siro) tout au long de l’année, mais exclusivement au niveau des surfaces dans le périmètre immédiat du bio-seau (0,5 m)(6).   Compétitions entre acariens et modifications de l’éxposition La compétition intervient également entre les acariens. Ainsi, les Cheyletus sont des prédateurs des Dermatophagoïdes au sein des matelas. Plus généralement, les acariens présentent des tailles et des capacités de déplacement variables, et certaines espèces peuvent donc s’imposer au détriment d’autres. Les conditions de température jouent un grand rôle dans leur vitesse de déplacement et de réaction. Ainsi, une baisse de température affaiblira les capacités de défense des Dermatophagoïdes visà-vis d’Acarus siro. D’autres facteurs comme le taux d’humidité, la disponibilité alimentaire, la présence de substance anti-acariens modifient les potentialités de chaque espèce à prendre le contrôle de l’environnement, notamment par l’augmentation ou l’affaissement de leur fécondité. La quantification des différentes populations d’acariens au sein des logements permet de savoir à quelles concentrations les patients sont réellement exposés.   Occupation de territoire à l’échelle des régions L’étude récente EBRA (Environnement biologique et risque allergique) concernant les profils microbiologiques de 3 193 logements français de la cohorte Elfe (Étude longitudinale française depuis l’enfance) a montré que D. pteronysinus se retrouve à des concentrations plus élevées dans les régions de l’Ouest de la France que dans les régions de l’Est(6). Ces régions correspondent à 85 % à celles où il a été déterminé une plus grande prévalence d’enfants avec des sifflements pulmonaires, parmi 21 140 enfants de maternelle(7). L’adaptation aux conditions climatiques et environnementales de certaines espèces d’acariens pose la question de leurs répartitions territoriales. On peut légitimement se poser la question des espèces susceptibles d’occuper les régions où D. pteronyssinus est moins présent. La question des allergènes qu’ils transportent peut éclairer d’un jour nouveau les disparités des effets sur la santé au niveau français.   Conclusion Désormais, il faudra définir les espèces et les concentrations auxquelles les patients sont réellement exposés. Au-delà des acariens, il est nécessaire de faire un bilan des micro-organismes colonisant les logements que ce soit des bactéries (actinomycètes, mycobactéries non tuberculeuses, entérobactéries) ou des moisissures. Il est désormais possible de déterminer un profil de contamination en utilisant un outil d’analyse commun : la qPCR(6). L’impact relatif au transport des spores et/ou à leur consommation par les acariens devra être évalué pour d’autres espèces d’acariens domestiques, notamment Acarus siro. La prise en compte du nombre de spores transportées et du volume consommé par les acariens permettra de modéliser la progression de la contamination en micro-organismes à l’échelle d’un logement.

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