publicité
Facebook Facebook Facebook Partager
Publié le 09 aoû 2011Lecture 6 min

L’allergologue, les biocides et l’habitat

Les substances actives biocides et les produits formulés sont des produits chimiques pesticides, phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, antibiotiques, désinfectants de l’eau, de l’air, des sols, des piscines, des surfaces sanitaires, etc. Environ 270 substances sont actuellement utilisées pour une multitude de produits autorisés dans l’Union européenne. On les...
D. CHÂTEAU-WAQUET, Paris Les substances actives biocides et les produits formulés sont des produits chimiques pesticides, phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, antibiotiques, désinfectants de l’eau, de l’air, des sols, des piscines, des surfaces sanitaires, etc. Environ 270 substances sont actuellement utilisées pour une multitude de produits autorisés dans l’Union européenne. On les retrouve tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’habitat et ils peuvent être à l’origine de nombreuses pathologies impliquant particulièrement le système immunitaire. Le système européen de vigilance concerne l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques : REACH (Registration, Evaluation and Autorisation of Chemicals). En France, la déclaration des substances actives et des produits biocides mis sur le marché, ou déjà sur le marché, est enregistrée par l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité), et l’évaluation, la prévention et la protection des citoyens et des consommateurs sont la mission de l'ANSES (Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). À noter que l'ANSES reprend les missions, les moyens et le personnel de l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) et de l'AFSSET (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail). REACH : prévenir les risques liés aux contaminants chimiques Renforcer l’évaluation et la prévention des risques émergents, et des risques liés aux multiexpositions de long terme à faible dose aux contaminants chimiques. • Exposition primaire : aux produits manipulés — préparation, application, nettoyage des appareils de traitements. Sont concernés les agriculteurs, les professionnels et tout utilisateur de produits à usages domestiques ou d’entretien des jardins. • Exposition secondaire : aux résidus dans l'alimentation et l'environnement (eau, sol, air, objets contaminés). Toutes les populations sont concernées. Les résidus des biocides sont les matières retrouvées dans l’environnement après leur emploi : la substance active initiale, ses métabolites et les divers ingrédients formulés et adjuvants. Les résidus sont dans et sur les produits d’origine végétale et dans les produits comestibles d’origine animale. REACH s'applique aux fabricants, importateurs et utilisateurs en aval, de substances chimiques telles quelles ou contenues dans des articles ou des préparations. Les obligations sont les suivantes : • identifier les substances éligibles à la procédure d’autorisation ; • les inscrire sur une liste (annexe XIV du règlement) ; • enregistrer toutes les substances produites en quantité égale ou supérieure à une tonne par an ; • enregistrer sans limite de tonnage : – les cancérogènes, mutagènes et toxiques (CMR) pour la reproduction catégorie 1 et 2, – les substances persistantes, bioaccumulables et toxiques (PBT), – les substances très persistantes et très bioaccumulables (vPvB), – toute substance qui suscite un niveau de préoccupation équivalent aux CMR ou PBT/vPvB, comme les perturbateurs endocriniens. En ville et à la campagne, à l'intérieur et à l'extérieur Parmi les biocides, les pesticides (du mot anglais pest qui signifie « ravageur »), à savoir les insecticides, les herbicides, les fongicides… sont les substances actives et préparations utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables : plantes, insectes et animaux, champignons, bactéries. Dans le langage courant, le terme pesticide évoque l’usage agricole, mais l’agriculture n’est pas la seule consommatrice de pesticides. Les jardins, les golfs, les routes et les espaces verts, les voies navigables, les terrains d’aviation, les espaces traités par les trains « désherbeurs » de la SNCF, et d’autres espaces ou bâtiments sont sous traitements. Une étude d'AIRPARIF (réseau de surveillance de la qualité de l’air en région parisienne) révèle la présence de pesticides dans l'agglomération parisienne, autant qu'en Champagne- Ardenne ou Poitou-Charentes. Le programme EXPOPE co-réalisé par le Laboratoire d’hygiène et de santé publique de la faculté de pharmacie Paris V et l’INERIS (Institut national de l’environnement industriel et des risques) a évalué l’exposition non alimentaire à 31 pesticides chez 41 adultes et 130 enfants en Ile-de-France. Ces pesticides ont été recherchés dans l’air intérieur et les poussières des habitations, sur la peau des mains et dans l’urine. Les résultats montrent qu’il y a au moins un pesticide dans 94 % des logements. Aussi, les enfants sont-ils exposés à des pesticides variés, dont certains interdits depuis plusieurs années, tels que le lindane (neurotoxine qui peut être cancérogène ou perturbateur endocrinien). L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI, 2007) relève parmi les biocides, la présence de formaldéhyde dans 100 % des 567 résidences étudiées et, dans 80 % des cas, des concentrations de 5 à 50 fois plus élevées à l’intérieur qu’à l’extérieur. L'Observatoire des résidus de pesticides (coordination AFSSET) retrouve les pesticides et leurs résidus dans les aliments, eau de consommation, air intérieur et extérieur, poussières des habitations, etc. Sensibilisation, inflammation, allergie, cancer… La toxicité biocide est avérée et l'étiquetage est réglementé. Mais l'exposition est souvent insidieuse et les effets négatifs reconnus tardivement. La réaction au diméthylfumarate dans l'histoire des canapés chinois est l'illustration de ce phénomène. C'est l’effet sensibilisant d’une substance reconnue après qu’un grand nombre de personnes exposées sont déjà malades… Le formol ou formaldéhyde provoque une inflammation respiratoire infraclinique chez l'enfant. Au sein des maladies professionnelles, le formol est responsable d’asthme, de rhinite, de cancer du naso-pharynx et d’eczéma allergique de contact. Biocide soluble dans l'eau et très diffusible dans l'air, ses effets adverses sont : irritation, inflammation, allergie, cancer. Il possède un groupement carbonyle électrophile qui peut réagir avec des sites nucléophiles. Après effraction des barrières, il peut se lier de manière covalente avec diverses molécules dont les acides aminés des protéines et des acides nucléiques. À partir du 1er novembre 2011, le formaldéhyde, l'acide benzoïque et le benzoate de sodium ne pourront plus être utilisés dans certains types de biocides et le règlement de la Communauté européenne sur les biocides devrait entrer en vigueur en 2013. En pratique Certains symptômes sont autant de motifs de consultation. Ils peuvent permettre d'anticiper l'évolution d'une maladie à venir devant des troubles qui paraissent anodins : fatigue et troubles du sommeil, diarrhée, douleur abdominale, manque d’appétit, nausées, vomissements, rhinite, pharyngite, trachéite, toux, dyspnée. En effet, à moyen ou à long terme, les biocides peuvent être à l’origine d’irritations/inflammations locales, altération/suppression de la fonction immunitaire (cancers, pathologie autoimmune, allergie), troubles neurologiques, perturbation endocrinienne, troubles de la reproduction et développement embryo-foetal, génotoxicité. Le règlement européen pour la mise sur le marché des produits biocides devrait entrer en vigueur en 2013. Il concerne le fabricant, l'importateur et l'utilisateur, afin d’assurer un haut niveau de protection pour l’homme et l’environnement et le bon fonctionnement du marché commun. Le règlement vise à harmoniser et à accélérer les autorisations de mise sur le marché des produits biocides, et à interdire les substances les plus toxiques. L'exposition domestique, fréquemment insidieuse, et les effets négatifs des biocides sont souvent reconnus trop tardivement. En cas d'effraction des barrières naturelles au niveau des sites de contact, le biocide a des effets dont la gravité est notoire. Le médecin doit le savoir et y penser devant des symptômes qui paraissent parfois anodins. Références • www.biocides.developpement-durable.gouv.fr • www.inrs.fr • www.ineris.fr/reach-info/ • www.air-interieur.org • Risques sanitaires liés à l’utilisation des produits phytosanitaires - Comité de la prévention et de la précaution, 2001 – à télécharger sur www.observatoire-pesticides.fr

Attention, pour des raisons réglementaires ce site est réservé aux professionnels de santé.

pour voir la suite, inscrivez-vous gratuitement.

Si vous êtes déjà inscrit,
connectez vous :

Si vous n'êtes pas encore inscrit au site,
inscrivez-vous gratuitement :

Version PDF