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Audiologie

Publié le 06 mai 2020Lecture 3 min

Hypoacousie et dépression

Alain LONDERO, Hôpital européen Georges Pompidou, Paris

Une récente étude publiée en décembre 2019 dans l’American Journal of Medicine met en évidence une association entre la déficience auditive et la survenue d’une dépression. Il s’agit d’une des rares études longitudinales sur le sujet et disposant de données audiométriques.

► Lisan Q et al. Association of hearing impairment with incident depressive symptoms: a communitybased prospective study. Am J Med 2019 ; 132(12) : 1441-9.e4.

La déficience auditive, représentée principalement par la presbyacousie, touchera environ 10 % de la population en 2050, soit environ 900 millions de personnes(1). Le lien entre déficience auditive et dépression est suspecté, mais peu d’études prospectives existent et leurs résultats sont mitigés(2-5). Une récente étude française a utilisé les données de l’enquête parisienne Prospective 3, une étude prospective, observationnelle, menée en population générale et incluant des sujets sains âgés de 50 à 75 ans(6). Pour cette analyse, 7 591 participants n’ayant pas de dépression à l’inclusion dans l’étude ont été retenus. La dépression était évaluée à l’aide du questionnaire QD2A. L’audition était mesurée à l’inclusion dans l’étude à l’aide d’un audiogramme tonal et une déficience auditive était considérée en cas de perte auditive moyenne supérieure à 25 décibels sur les fréquences 0,5, 1, 2 et 4 kHz, en accord avec les recommandations de l’OMS(7). La prévalence de la déficience auditive dans cette étude était de 14,3 %. Après un suivi de 6 ans, 8,5 % des sujets avec une déficience auditive ont développé une dépression contre 5,9 % chez les sujets sans déficience auditive. En analyse multivariée, l’odd ratio était de 1,36 (IC95% : 1,06-1,73). En particulier, l’analyse était ajustée sur les comorbidités (tels que diabète, hypertension ou pathologies cardio-vasculaires) et sur l’isolement social. Une des limites soulevées par les auteurs est le manque de prise en compte de façon précise de la démence et de la fonction cognitive. Néanmoins, dans une analyse supplémentaire, les auteurs ont exclu les participants ayant un traitement anti-démence (seule donnée disponible concernant la démence dans l’étude) et les résultats restaient identiques. Dans le même article, les auteurs ont réalisé une méta-analyse des articles prospectifs étudiant l’association entre déficience auditive et apparition d’une dépression. L’odd ratio poolé était de 1,29 (IC95% : 1,09-1,53). Bien que la voie par laquelle passe cette association entre déficience auditive et dépression ne soit pas connue, plusieurs hypothèses sont avancées. Tout d’abord, la déficience auditive a été associée à une isolation sociale plus grande(8,9), un plus haut taux de chômage(10) et à un retrait des loisirs(11), tous ces facteurs d’isolement pouvant conduire au développement de la dépression. Ensuite, quelques études ont retrouvé que les sujets avec une déficience auditive présentaient une atrophie cérébrale plus importante, et particulièrement dans le lobe temporal droit ainsi que dans les régions frontales(12,13). Ainsi, certains auteurs ont posé l’hypothèse qu’une diminution de la réserve cognitive, un fonctionnement altéré des fonctions exécutives et de la régulation des émotions induites par ces modifications cérébrales pouvaient, au moins partiellement, expliquer le lien existant entre la déficience auditive et la dépression ou encore la démence(8). Ainsi, cette étude retrouve que par rapport aux sujets normo-entendant les sujets ayant une déficience auditive ont 36 % de risque en plus de développer une dépression dans les 6 ans. Une chance dans le domaine des troubles auditifs est que la thérapeutique est le plus souvent simple, reposant sur l’appareillage auditif. Comme il a récemment été écrit dans un éditorial publié dans le Lancet « La déficience auditive est un domaine dans lequel des interventions modestes ont le potentiel de produire une diminution importante du poids des comorbidités associées(14). » Reste à explorer le potentiel rôle des appareillages auditifs dans la prévention de l’apparition d’une dépression.

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