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Allergologie

26 mar 2020

Cyprès : un pollen hivernal

Guy DUTAU, Toulouse

Le cyprès (Cupressus spp.) fait partie de la famille des Cupressacées (conifères) qui comporte 140 espèces à feuillage persistant(1). On le trouve sur le pourtour méditerranéen mais aussi aux États-Unis (Californie), au Mexique, en Asie centrale et en Chine(1). Les principaux genres sont Cupressus sempervirens (cyprès vert de Provence, angl. : Mediterranean Cypress), Cupressus arizonica (actuellement appelé Hespero cyparis arizonica) ou cyprès bleu. C’est un arbre au port élancé, mesurant 20 à 30 mètres de haut, étroit et conique, compact et dense, aromatique, parfois disposé en haies pour couper le vent. Il est aussi utilisé comme plante d’ornement dans les jardins et les parcs, ainsi que pour clôturer les résidences secondaires. Le cyprès est devenu un élément caractéristique du paysage méditerranéen. Il représente également une source de revenus pour ses multiples fonctions : action brise-vent, protection des cultures maraîchères et fruitières, fonction décorative, protection contre l’érosion.

Pollens de cyprès et des autres cupressacées Le pollen de cyprès est le taxon le plus important dans les pays méditerranéens (RNSA, Réseau national de surveillance aérobiologique). C’est un « pollen léger » puisque les grains, de 20 à 30 microns, très dispersibles, peuvent être transportés sur de grandes di s tances . La famille des Cupressacées, mondialement répartie, comporte aussi le genévrier (Juniperus spp.), le thuya (Thuja occidentalis) et le séquoia à feuilles d’if (Sequioa spp.). La floraison de ces diverses espèces a lieu pendant des périodes successives. Ainsi, Juniperus oxicedrus (genévrier) fleurit d’octobre à décembre, le Cupressus arizonica commence sa floraison en octobre, la Thuja orientalis au mois de janvier, le Cupressus sempervirens et le Cryptomeria japonica de février à mars, le Chamaecyparis obtusa en mars et avril. Les différentes floraisons peuvent donc déterminer une « saison unique des Cupressacées » qui va d’octobre à avril. Les symptômes des personnes allergiques au pollen de cyprès peuvent donc durer plus longtemps que la période traditionnelle de la seule allergie au cyprès (janvier-février) car il existe des réactions croisées entre les pollens des différent s représentant s de la famille des Cupressacées(a). La pollinisation du cyprès peut même débuter pendant la seconde quinzaine du mois de décembre (figure). Figure. Un arbre dont le pollen est fortement allergisant. Inflorescences du cyprès (détails). (Coll. G. Dutau). Épidémiologie En population générale Au total, 7,1 % des enfants sont allergiques au cyprès dans le Sud-Est de la France(2). Une autre étude réalisée chez 2 500 écoliers de 9-12 ans du Sud de la France montre 9,6 % de prick-tests (PT) positifs dans une communauté exposée et 2,7 % dans une communauté moins exposée(3). À l’inverse, curieusement, la prévalence de l’allergie au cyprès n’était que de 1,04 % dans la population générale de Ligurie alors que cet arbre y est largement répandu. Dans cette étude, seul s un tiers des patient s étaient monosensibilisés(4). Consultants des services d’allergologie La prévalence des sensibilisations et des allergies au pollen de cyprès est plus élevée chez les individus consultant pour des symptômes allergiques, mais elle est évidemment variable selon les régions. À Montpellier, dans une région où le cyprès est très abondant, une étude effectuée chez 6 185 patients consécutifs pendant une période de 3 ans a montré que 20,7 % étaient sensibilisés au pollen de cyprès et que presque la moitié d’entre eux (46,4 %) avaient des symptômes pendant la saison pollinique(5). Les principaux symptômes étaient la rhinite, la conjonctivite et l’asthme(5). Un SAO (syndrome d’allergie orale) à la pêche était détecté chez 4 % des patients sensibilisés et/ou allergiques au pollen de cyprès(5). Une immunothérapie allergénique fut nécessaire dans 57,9 % des cas pour contrôler les symptômes(5). Allergènes Il existe 4 allergènes du pollen de cyprès(1), également observés dans les autres espèces de Cupressacées indiquées ci-dessus. Les allergènes du groupe 1 sont représentés par une pectase lyase de poids moléculaire (PM) de 42-43 kDa. C’est un allergène majeur dénommé Cup a1 (pour Cupressus arizonica) et Cup s1 (pour Cupressus sempervirens). Cet allergène se lie avec 100 % des IgE des patients allergiques au cyprès et il existe une forte homologie entre les diverses espèces(1). Les autres allergènes sont une polygalacturonase (également allergène majeur sensibilisant 80 % des individus allergiques au pollen de cyprès), une protéine thaumatine-like ou protéine de défense (sensibilisant 40 à 60 % des allergiques au pollen de cyprès), et une protéine fixant le calcium (allergène mineur qui sensibilise 10 à 15 % des patients allergiques au cyprès)(1). Il existe d’autres protéines sensibilisantes en particulier une protéine basique de PM 14 kDa (ou BP14) de la famille des gibbérellines(b), responsable de curieux syndromes d’allergies c roi sées entre le pol lens de cyprès et certains fruits (pêche, agrumes). Ces syndromes cyprès-pêche et cyprès agrumes se traduisent par un SAO. Symptômes cliniques et diagnostic Pendant les mois de janvier et février, la pollinose au cyprès est responsable de symptômes importants, en particulier dans le Sud de la France (Montpellier et sa région, Provence) et en Italie. Ailleurs dans le monde, la pollinose au cyprès est présente dans les régions (ou pays) où ces arbres sont abondants (Japon, Afrique du Sud, Sud des États-Unis). Le pollen de cyprès est responsable de symptômes hivernaux : rhinite, conjonctivite, asthme et toux chronique (équivalent d’asthme). La rhinite est plus fréquente que la conjonctivite, mais cette dernière est le symptôme le plus invalidant(1). Boutin-Forzano et coll.(6) ont comparé les caractéristiques des allergiques aux pollens de cyprès (APC) et des allergiques aux pollens de graminées (APG). Ils ont observé des différences pour l’APC en ce qui concerne le sex-ratio M/F (1 vs 2 : p = 0,001), l’âge moyen au moment du début des symptômes (32 vs 17,9 ans ; p = 0,0002) et le pourcentage de toux chronique (16,5 vs 0 % ; p = 0,008). Les autres paramètres étaient identiques , en particulier les antécédents allergiques des parents, le pourcentage des individus nés en dehors de la région de l’étude (Marseille et sa région), le pourcentage de patients monosensibilisés (40,8 vs 31,5%), la fréquence de l’asthme (38,1 vs 38,4 %). L’explication de ces différences APC/APG nécessite des études complémentaires(6). Les patients atteints d’allergie au pollen de cyprès sont préférentiellement sensibilisés ou allergiques à la pêche, ce qui constitue une nouvelle association d’allergies alimentaires et polliniques(5,6). Le diagnostic de l’allergie au pollen de cyprès est facile sur les données cliniques (notion de forte exposition de proximité ou d’exposition globale dans une région où le cyprès est présent), les données hebdomadaires fournies par le RNSA, la positivité des PT(c) et du dosage des IgEs contre le cyprès (t23 Thermofisher®) et le genévrier (t6 Thermofisher®). Il est rare que le dosage des IgEs vis-à-vis de l’allergène majeur (Cup a1) soit nécessaire (sauf en dehors des périodes habituelles de pollinisation, en particulier au printemps)(1,a). Traitement La prévention repose sur : i) une politique environnementale adaptée, visant en particulier à éviter la plantation de haies de cyprès à proximité des habitations ; ii) la sélection de cyprès d’allergénicité faible ou nulle ; iii) le traitement des symptômes (le traitement habituel de la rhino-conjonctivite pollinique par les anti-H1 par voie générale ou locale, et les corticoïdes locaux) ; iv) les mesures générales d’éviction des pollens (qui ont des limites)(8) ; v) et l’immunothérapie allergénique (ITA). Charpin et coll.(1,9) répertorient 12 études d’ITA en double aveugle, contrôlées versus placebo, 4 par voie sublinguale, 7 par voie sous-cutanée et une par voie intramusculaire qui montrent de bons résultats sur l’amélioration des symptômes, le recours aux traitements symptomatiques et la qualité de vie(d). Toutefois des études complémentaires sont nécessaires portant sur des effectifs et un recul plus importants(1).

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