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Allergologie

07 mai 2020

Graminées : peut-on éviter les pollens ?

Guy DUTAU, Allergologue, pneumologue, pédiatre, CHU de Toulouse

Les allergènes les plus faciles à éviter sont les acariens. L’éviction est plus délicate pour les animaux (chats, chiens) et pour les moisissures et les blattes. La fréquence des RA polliniques qui peut atteindre, ou même dépasser 20 %, dans certaines régions(1) soulève deux questions : est-il possible d’éviter les pollens ? Si oui, quelle est l’efficacité des mesures proposées ?

Mesures générales L’expérience professionnelle propose plusieurs mesures chez les individus fortement allergiques aux pollens, en particulier pendant la grande saison des graminées (mai et juin en plaine avec un gradient nord-sud de 1 mois) et juillet en montagne. • S’abstenir d’effectuer des efforts physiques à l’extérieur : l’hyperventilation augmente de façon très importante la quantité de pollens inhalés, et le « filtre nasal » n’est pas assez efficace. Un traitement de fond (pour la RA isolée ou associée à l’asthme) est indispensable chez les sportifs. Les individus non sportifs, qui ne reçoivent pas encore un traitement de fond, devraient rester dans leurs maisons, mais cette recommandation, difficilement applicable, ne vaut que pour certains individus et surtout pour des pollens très allergisants, par exemple les Graminées communes (dactyle, phléole), les arbres (bouleau), et les Composées telles que l’ambroisie ou la pariétaire. • Lunettes de protection : en raison de l’impaction de pollens sur la conjonctive oculaire, des lunettes donnant une protection enveloppante sont fortement conseillées. • Lavages oculaires : il faut utiliser des lavages au sérum physiologique (sans conservateurs) à répéter plusieurs fois par jour. Ils permettent d’éliminer les allergènes polliniques de la surface oculaire et, également, de diluer les médiateurs chimiques de l’inflammation, libérés en surface par le conflit allergique IgE-dépendant. • Autres mesures : ces mesures logiques ne pas toutes validées mais sont probablement utiles comme la fermeture des fenêtres, les extracteurs d’air dans les maisons, l’équipement des automobiles de filtres antipollens. Mesures à l'intérieur des maisons Les pollens de graminées, pénètrent à l’intérieur des habitations. Après le pic pollinique extérieur, il existe un pic pollinique à l’intérieur des maisons, décalé de 3 semaines par rapport au pic extérieur, mais il persiste jusqu’à 2 mois à des taux suffisants pour déclencher des symptômes chez les individus fortement sensibilisés(2). Des résultats similaires ont été rapportés au Japon pour les pollens de cèdre (Cryptomeria japonica) dont la pénétration à l’intérieur des maisons, responsable de symptômes persistants, est expliquée par l’importation des pollens par les vêtements(3). Plusieurs études montrent que la pénétration des pollens à l’intérieur des habitations est importante, ce qui incite à proposer des mesures préventives chez les individus hypersensibles. • La pénétration des pollens à l’intérieur des maisons se fait de façon indirecte par les vêtements et les chaussures(3), et directement par proximité si les fenêtres sont ouvertes. Une étude de d’Amato et coll.(4) montre qu’il existe une corrélation significative entre les quantités de pollens recueillis à l’extérieur de la maison et à l’intérieur de celle-ci lorsque la fenêtre du balcon est ouverte (r = 0,4415 ; p < 0,05), mais cette corrélation disparaît lorsque les fenêtres sont fermées (r = 0,3160 ; p > 0,05)(4). • Une autre étude(5) montre que la quantité de pollens de graminées et de bouleau est la même dans l’air extérieur et dans deux boutiques situées au niveau de la rue. Dans cette étude, l’utilisation d’un extracteur d’air a pratiquement diminué de moitié la concentration des pollens à l’intérieur des magasins(5). • Dans une étude de Mitakakis et coll.(6) les individus atteints de rhume des foins, « actifs » à l’intérieur des maisons, inhalent autant de pollens que les individus « inactifs » à l’extérieur des maisons. • D’autres études de Fahlbush et coll.(7,8) basées sur le dosage de l’allergène de la phléole (Phl p 5) dans la poussière des maisons de 5 sites, de juin 1995 à août 1998, en Allemagne, montrent des taux importants, allant en moyenne de 0,172 μg/g (pendant la période de pollinisation des graminées) à 0,095 μg/g (en dehors de celleci). Il ne semble pas que la quantité de pollen présent à l’intérieur des maisons est liée à l’importance du pic pollinique extérieur, mais résulte d’une accumulation de grains de pollens pendant plusieurs années successives. Il était donc logique de tester l’efficacité de l’aspiration de la poussière de maison. La concentration de l’allergène de la phléole (Phl p 5) a été 1,8 fois plus élevée dans les maisons où l’aspirateur n’était passé qu’une seule fois par semaine par rapport aux maisons où l’aspiration de la poussière était effectuée tous les jours(8). Prévention des risques professionnels  Les symptômes respiratoires ou surtout cutanés (dermatites de contact) sont fréquents chez les horticulteurs et les fleuristes. Ils sont dus à une sensibilisation aux pollens et aux allergènes végétaux non polliniques(9,10). La démarche est celle du diagnostic, de la prévention et du reclassement d’une maladie professionnelle. Les techniciens d’espaces verts doivent porter obligatoirement des habits et des masques de protection pour éviter d’inhaler des aérosols de jus de pelouse, responsable, d’un nombre croissant d’allergies (conjonctivite, rhinite, asthme, anaphylaxie)(11-14). L’allergène en cause est le RubisCO (ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase/oxygénase), enzyme contenu dans les chloroplastes des cellules végétales(14). Les pollinoses de proximité(15) sont dues à des pollens de végétaux peu répandus dans la nature, mais qui peuvent être concentrés dans certains en - droits (pissenlit, lupin) ou abondants dans certaines activités professionnelles (mimosa, cyclamen). Il y a alors un risque de « surexposition pollinique ». Conclusion Les patients hypersensibles au pollen ont intérêt à éviter le plus possible cet allergène. Si chacune de ces mesures a des limites évidentes, leur association peut être d’une efficacité non négligeable. En fonction de l’intensité des symptômes et des résultats obtenus, il faut traiter les symptômes (conjonctivite, RA, asthme) par les antihistaminiques H1 et/ou les corticoïdes, et/ou les antileucotriènes, et de mettre en oeuvre une ITA, seule méthode capable de modifier de façon durable la réactivité immunitaire de l’individu allergique(16).

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