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Thérapeutique

30 mar 2020

Quand l'industrie ne communique pas, à tort, sur les échecs de développement des nouveaux traitements

Colas TCHÉRAKIAN, Suresnes

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Les patients présentant un asthme persistant traité par corticoïdes inhalés à dose moyenne ou forte ne sont pas toujours complètement contrôlés. Il y a aujourd’hui d’autres thérapeutiques potentielles associées (adjonction d’ipratropium, adjonction d’azithromycine et enfin utilisation de différentes biothérapies). Les voies immunologiques d’entretien de l’inflammation sont multiples. La recherche est aujourd’hui active pour chercher des voies autres que la corticothérapie et pouvant jouer sur des sources inflammatoires différentes. Le fevipiprant était un traitement en cours de développement chez Novartis. Il s’agit d’un antagoniste des récepteurs de prostacycline (DP2), ce récepteur étant exprimé sur un certain nombre de cellules immunitaires impliquées dans le mécanisme et la genèse de l’asthme. En décembre 2019, Novartis annonçait l’arrêt du développement du fevipiprant en raison d’une incapacité à atteindre les critères primaires attendus, c’est-à-dire une réduction du taux d’exacerbation modérée à sévère chez les patients déjà sous corticothérapie inhalée à moyenne et forte dose. Cette décision, logique sur le plan médical et scientifique, a été plus discutée dans les journaux économiques que dans les journaux médicaux. En effet l’échec de développement d’un médicament peut faire diminuer la côte financière d’un laboratoire pharmaceutique. Ce n’est pas le seul (et cela ne sera pas le dernier) échec dans la recherche de nouveaux traitements dans l’asthme. On se souvient encore de l’échec cuisant des anti-IL13, alors que tout dans ce que nous savions sur le plan physiopathologique nous désignait cette voie comme cruciale dans l’asthme. On distingue souvent la recherche industrielle et académique. La première étant souvent sujette à caution. Il est vrai qu’il y a des antécédents peu glorieux. Mais, comme le rappelle un article récent de Science sur son blog (cf. https://www.sciencemag.org/news/2020/01/fda-and-nih-let-clinical-trial-sponsors-keep-results-secret-and-break-law), tous les essais industriels sont aujourd’hui déclarés et le résultat est disponible pour tous, conduisant d’ailleurs à un taux d’objectif primaire atteint qu’une fois sur deux. À l’inverse, les recherches académiques ne rendent la plupart du temps pas les résultats des essais, pire encore seuls les résultats positifs sont publiés avec un taux de critère primaire atteint plus de 9 fois sur 10. Or la publication des résultats négatifs est aussi importante que les résultats positifs pour avancer et mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques. À mon sens c’est donc plutôt rassurant de savoir qu’après les centaines de millions d’euros investis dans de développement d’un médicament, ce dernier puisse ne pas voir le jour. En effet, il est important pour les médecins de savoir que, quels que soit les fonds investis, un traitement inefficace ne sortira pas sur le marché coûte que coûte pour rembourser l’investissement. Les recherches novatrices impliquent des prises de risques. Aujourd’hui les échecs sont plus décortiqués dans les journaux d’économie que dans les journaux scientifiques. J’espère que la pression économique ne limitera pas les nouveaux élans à la recherche de molécules d’action différente, dans une maladie où le besoin de traitements alternatifs est toujours prégnant.

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